LET THERE BE ROCK

La coupe du monde de football revient ce 11 juin. Beaucoup d’amateurs d’arts méprisent le sport en général et le football en particulier, sport populaire déchainant la foule, sorte d’opium du peuple moderne, le football est le miroir de la société capitaliste avec ses moments forts et ses excès. Dans les années 60 déjà, il était de bon ton dans les milieux “artys” de mépriser le football.

A un tel point qu’il est avéré que les Beatles eux mêmes, cachaient au public leur fascination pour ce sport, le regardant avec dédain en interview alors que Mc Cartney, de passage à Paris en 1973 pour des enregistrements studios exigeait les chaînes anglaises pour suivre son équipe favorite dans sa chambre du Georges V et que sa bio la plus complète est remplie d’anecdotes où il raconte les fois où ses oncles l’emmenaient au stade. Lennon n’est pas en reste non plus, faussement dégouté par le ballon rond, son amour inassumé s’exprime jusque dans les disques des beatles avec la présence, à son initiative, d’un joueur légendaire des années 50 sur la pochette de Sergent Pepper ou encore des samples d’un commentateur radio et même un nom de footballeur crié dans une fin de morceau. On voit même les fab four taper le cuir dans certaines vidéos.

Pourquoi tant de haine ?

Depuis les choses ont un peu changé dans le milieu de l’art et en particulier du rock, puisque ça nous intéresse. Les Wedding Present sortent un disque hommage à George Best, légende du ballon rond, les Super Furry Animals affichent Robin Friday sur leur pochette d’album, Manu Chao loue Maradona dans un titre, Morrissey s’affiche avec un tambourin gravé “Eric Cantona”, les Kasabian n’en finissent plus de crier leur amour du foot en interview, les frères Gallagher se baladaient avec des logos énormes de Manchester City sur scène en 1997, Mickey 3D rendent hommage à Johnny Rep, ou encore Max Cavalera collectionne les maillots de foot des villes où il tourne.

Aujourd’hui encore cependant, le football reste un sport pris de haut par la plupart des amateurs de rock, inexplicablement, et les footballeurs conservent une image de milliardaires sans cervelle en short.

Mais ce que beaucoup ne savent pas, c’est que nombre de footballeurs sont en fait, non seulement intelligents, mais en plus bien plus rock’n'roll que la plupart des rockeurs.

Ces quelques portraits de légendes du football étonneront probablement beaucoup les néophytes et réticents de ce sport.

Diego Maradona

Incontestablement, Maradona devait paraître dans ces portraits. Le meilleur joueur de tous les temps aura tout fait. Contrôlé positif aux substances dopantes, à la cocaïne, tirer sur des journalistes à la carabine à air comprimé, escroquer le fisc italien en ne payant pas ses impôts (Diego leur doit 37 millions) etc… Pourtant Diego a tout, Diego aurait pu jongler des jours entiers avec une balle de golf, à 37 ans, alors au Boca Junior, le plus grand club argentin, il plantera même 31 buts en 29 matchs. Mais il ne peut s’empêcher de faire n’importe quoi. Grand rival de Pelé qui ne pouvait pas le sentir à cause de la mauvaise image qu’il donnait au football, il aimait déclarer, “Tout ce que Pelé faisait, je le faisais aussi… mais en dormant 3 heures par nuit”. Le plus beau symbole de sa vie est ce match contre l’Angleterre où après avoir marqué honteusement de la main (La célèbre “Main de Dieu” comme il l’a appelée lui même), il inscrit le plus beau but de l’histoire du football en partant de son camp et en éliminant à lui tout seul toute la défense Anglaise pour finir par dribbler le gardien et marquer. Il signe alors à Naples et exerce tout son talent dans le club Italien où il sera notamment champion d’Europe. Mais les scandales le rattrapent : Drogues, Soirées, Fils Illégitime et même Liens avec la mafia ternissent l’image de l’homme aux pieds d’argent. Il quitte alors l’Italie en 91 vers son Argentine natale, mais là encore la chanson sera la même. Après la fin de sa carrière sa dépendance à la cocaïne et sa prise de poids lui font connaitre des soucis de santé. En 2004 il subit une crise cardiaque. L’Argentine s’arrête alors, la foule devient folle devant la maison de l’enfant du pays, une armée de médecin est même obligée de distribuer des bulletins de santé toutes les 8 minutes pour contenir le peuple. Il s’en remet, perd du poids et est finalement nommé Entraineur de l’équipe nationale en 2008. Pour son premier match, un homme s’introduit dans le stade avec une machette pour le décapiter, il est évidemment arrêté, il prétend en vouloir à Diego car il aurait tout perdu, argent et épouse suite à un pari lors du fameux match contre l’Angleterre.
Dernier rebondissement il y a quelques mois, vivement critiqué pour sa stratégie en temps que coach par les journalistes, Maradona qualifie finalement l’Argentine, pour la coupe du monde et déclare face à la caméra en conférence de presse : “Je n’ai rien à faire de ce que disent ces putes de journalistes. A ceux qui n’ont pas cru en moi, qu’ils viennent me la sucer et qu’ils continuent de me la sucer”. Nouveau scandale, Maradona est sanctionné pour cette grossièreté. Une chose est sûre, tant que Maradona respirera sur cette terre, la grandiloquence et les scandales suivront avec lui.

George Best

Surnommé le 5è Beatle de part sa popularité, la marque de fabrique de George est simple : Talent, Excès, Phrases Cultes. Et de tout ça il en aura eu beaucoup l’ami Best. Considéré comme un des plus grands joueurs de tous les temps, qualifié par Pelé en personne de meilleur joueur du monde, Best aura aussi décimé les bars, et sera passé dans le lit de dizaines de filles, bien plus que toute autre rockstar. Best avait aussi le sens de la formule, lorsqu’on lui demandait qui était le meilleur joueur, il répondait simplement “Maradona, good…. Pelé, better…. George BEST”. Le mythe est fulgurant, son futur premier entraineur reçoit un télégramme de son recruteur lui informant qu’il est sur le point de lui amener deux joueurs : “J’ai repéré deux jeunes : un bon et un génie”. Lors de son premier match, Best ridiculise directement ses adversaires et les humilie à coups de petits ponts et autres ruses dont il a le secret, la légende est en marche. Hélas comme chacun de ces footballeurs, l’esprit rock ‘n roll sera plus fort que tout, Best aime bien faire la fête, trop, et taquine dangereusement la bouteille. Après sa carrière il déclarera même “J’ai dépensé 90% de mon argent dans l’alcool et les femmes… le reste, je l’ai gaspillé”. Il reçoit le ballon d’or rapidement et sa carrière s’accélère encore tout comme ses excès. “J’avais une maison au bord de la mer, raconte-t-il, mais pour aller à la plage, il fallait passer devant un bar. Je n’ai jamais vu la mer.”, des milliers de lettres de fans arrivent pour lui chaque jour dans son club, il sera aussi le premier footballeur à tourner dans une pub. Il se fait construire une maison, chef d’oeuvre d’architecture dans la campagne mancunienne et pend la crémaillère dans tous les excès qu’on peut imaginer. Plusieurs voitures de police débarquent alors chez lui, pas déboussolé pour un sou, George les invite à participer à la fête, à condition qu’ils ramènent des bouteilles. Les policiers acceptent. Désormais les excès et scandales sont quotidiens bien que Best continue à être au top sur les terrains. Mais en 72, ses nouveaux entraineurs ne supportent plus cette vie de débauche digne d’une rockstar qu’ils jugent incompatibles avec la vie de sportif. Ils demandent alors des sacrifices à Best (notamment sa maison) qui ne supportera pas et partira brièvement en Espagne avant de mettre fin à sa carrière…. pour 14 jours ! Car Manchester United décide finalement de ne pas se passer de lui. Mais George est un peu usé par les excès, il ne revient pas à son niveau, le coach l’écarte peu à peu et il noie cela dans des consommations toujours plus grandes. Il sort alors avec la Miss Monde de l’époque et continue les fêtes tous les soirs. En 1974 il quitte finalement Manchester. Il part notamment aux US, à Los Angeles où le club au bord de la faillite échappe au pire, mais Elton John en personne sauve le club en investissant de l’argent pour “pouvoir mater George Best sous la douche après les matchs”. La suite sera une descente aux enfers digne de certaines rockstars comme Elvis, on évoque même des anecdotes glauques où pendant un match, il aurait arrêté la balle pour vomir puis repris le jeu comme si de rien n’était. George Best ira même jusqu’à jouer le dernier match de sa vie en prison, où il était incarcéré pour conduite en état d’ivresse et agression d’un policier. Best reste une star en Angleterre, ses apparitions à la télé battent tous les records d’audience et sa bio est un best seller, il fait aussi les choux gras des tabloïds anglais en continuant les excès et les bagarres. “A chaque fois que je marche dans Londres, il y a toujours un trou du cul qui vient se battre pour prouver à ses potes qu’il est le chef” déclarait-il. A la fin de sa vie, ses docteurs lui mettent un foie artificiel, avec l’interdiction évidente de boire une goutte d’alcool. Evidemment George s’en fout complètement, il meurt le 25 novembre 2005. Ses funérailles seront dignes d’un chef d’état, son corbillard étant suivi par plus de 300 000 personnes.

Eric Cantona

Banni en France, Héros en Angleterre, les tribunes de Manchester United chantent encore sa gloire plus de dix ans après l’arrêt de sa carrière… Connu pour être sanguin, Cantona se fait remarquer dès les premières années de sa carrière, notamment lorsqu’après avoir violemment taclé un joueur par derrière il écope d’un carton rouge, insulte l’arbitre, puis insulte la commission de discipline lorsqu’elle le convoque suite à cette incident. En 1988, non retenu par le sélectionneur de l’Equipe de France, il insulte ce dernier publiquement de “sac à merde”. Après avoir envoyé le ballon dans la gueule d’un arbitre qui avait pris une décision qui ne lui convenait pas, il est définitivement banni dans l’hexagone. Plaitini en personne, conscient du talent incroyable d’Eric, lui conseille alors de partir en Angleterre, pays où l’on aime ce genre de personnalité très rock ‘n roll, sorte de working class hero. A Manchester, il est un vrai Dieu vivant, se moquant des journalistes avec des phrases sur les mouettes ou avec des répliques passées cultes depuis (“I’m not a man, I’m Eric Cantona”), il dépasse les bornes un soir de 1995 où lors d’un match contre Crystal Palace, un supporter adverse l’insulte après une expulsion. Cantona s’élance alors du terrain pour claquer un coup de pied circulaire digne d’un film de kung-fu à l’auteur de l’insulte. Il est sanctionné sportivement mais aussi comparait en justice. Sa mère appelle alors Guy Roux, son premier entraineur pro qui appelle lui même le président François Mitterrand pour qu’il intervienne. Non pas pour demander clémence au juge, mais pour tenter de raisonner Eric dont la mère est persuadé qu’il va probablement chercher à casser la gueule du juge… Peu après il se retire du monde du football, nous laissant encore quelques coups de gueules comme cette fois où sur un plateau il retrouve deux journalistes qui l’avaient largement traîné dans la boue et qu’il leur déclare en les regardant dans les yeux “Je vous pisse au cul”.

Paul Gascoigne

Accro à de nombreuses drogues différentes, des plus classiques aux plus surprenantes (Gazza a même été accro au café en s’en enfilant 200 par jour et au red bull qu’il consommait par trentaines quotidiennement et a subit 9 désintox), Paul Gascoigne est un peu le fils spirituel de Best. Réputé pour avoir la bouteille très facile, quelques anecdotes rendent la vie du personnage assez hallucinante. Ainsi, il croisa Maradona lors d’un match et lui déclara sur le terrain “Putain Diego je suis complètement bourré”, Maradona lui répondit “Putain, Paul… moi aussi !”. Il est aussi connu pour prendre des bains avec des cannettes de bière en guise de “petit canard” ou encore pour avoir acheté un perroquet en plastique qui parlait, mais saoulé par le perroquet qui lui parlait tout le temps, il en acheta un deuxième, ainsi les deux perroquets se répondaient mutuellement. Vexé comme un pou que les animaux factices ne lui parlent plus à lui, Paul en décapita un et jeta l’autre dehors… D’autres joueurs se rappellent aussi d’un match où Paul n’était pas bon du tout en première période. Son coach l’interpelle alors à la mi-temps :
“Paul, t’as picolé ?”,
“non non, je t’assure”, repond le joueur
“Mais putain va boire un coup bordel !” lui répond son entraineur.
Le Pape en personne, touché par son talent à la Lazio de Rome, l’appelle à l’époque pour le féliciter. Paul se saisit du téléphone et répond “Salut Pape, ça boume ?”.
Enfin pour finir, après sa carrière, alors en dépression, le groupe Iron Maiden  dont il était fan et qui étaient devenus ses amis lui proposent de partir en tournée avec eux histoire de lui changer les idées et de se marrer un bon coup. Après cinq soirs, les Maiden vont voir Gazza dans sa chambre. “Ecoute Paul, je crois que ça va plus être possible, nous, tu vois, on est fous. Mais toi… t’es bien plus taré que tout le groupe réuni…”

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